AGCS

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Education à vendre

L’AGCS n’est pas un problème abstrait. Il ne peut plus être ignoré par nos syndicats étudiants soit disant parce qu’il ne concerne pas les étudiants de l’UCD. La campagne de concertation menée par l’élite mondiale pour nous déposséder d’un système d’éducation public, de nos bourses, pour transformer nos universités en usines de l’esprit, sans plus aucun rapport avec un développement et une stimulation intellectuelle, où les étudiants sont formés à la chaîne pour devenir des automates obéissants dans les futurs “ moulins sataniques de l’enfer ” est une réalité qui envahit nos vies à tous.
22/03/2002    Article

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Education à vendre

“ Il est fortement probable qu’il y ait un clash entre les initiatives de l’OMC et les principes de tous ceux qui tiennent à défendre l’existence d’un système d’enseignement public de qualité. ” Education International.

“ Université de Nike ” a été inscrit avec une bombe de peinture au-dessus de l’entrée d’une université française, alors qu’un panneau, lui, indiquait le bâtiment “ Bill Gates ”. A Berlin, des étudiants qui occupaient en masse une université ont été violemment expulsés par une charge de la police qui s’est soldée par des centaines d’arrestations. En Italie, on a assisté à l’interruption d’une séance du sénat et en Espagne, à des ralliements massifs.

A travers toute l’Europe, des étudiants ont manifesté pour exprimer leur colère face aux réductions des dépenses consacrées à l’éducation. Pendant une semaine, des actions ont été menées pour dénoncer une attaque contre l’éducation qui ne touche pas seulement l’Europe mais toute la planète. Le temps fort de ces manifestations a eu lieu à Bruxelles où se tenait une réunion des dirigeants de l’union européenne fin décembre. L’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) négocié par l’OMC véhicule une connotation négative depuis l’émergence d’un mouvement mondial de lutte contre l’injustice sociale qui remet en cause certains aspects de notre système et même de plus en plus notre système lui-même. Les télévisions du monde entier continuent de diffuser ces manifestations de colère qui ont eu lieu à Seattle, Prague, Gênes et Bruxelles. Ce mouvement, décrit comme un courant créé par “ des jeunes de la petite bourgeoisie qui tentent de faire revivre les années 60 ”, refuse de se saborder et noue des liens toujours plus étroits avec de plus en plus de citoyens et de travailleurs. Si ces liens se nouent c’est parce qu’il y a une prise de conscience de la menace que représente des accords comme l’AGCS.

L’éducation n’est pas la seule institution de notre société qui soit menacée par l’AGCS. Cet accord signé par l’élite mondiale menace la démocratie et les prérogatives des gouvernements à réguler et créer des normes, protéger les droits des travailleurs et les normes concernant la sécurité et l’environnement. Il presse les gouvernements de privatiser les services publics avec pour seule logique le profit, sans réelle considération pour les besoins du public. Et donc en quoi l’AGCS est-il une menace pour l’éducation ? Quel impact peut-il avoir sur la vie quotidienne des étudiants et des travailleurs du système scolaire ?

L’AGCS a été signé au cours des négociations du Cycle d’Uruguay de 1994. Il a été déterminant dans la tendance croissante vers une mondialisation de l’économie, alors que le nombre de multinationales ne cesse de décroître à travers le monde. Le néolibéralisme s’exprime par l’annihilation de “ tous les obstacles au commerce ” entre les pays et par la fin des interventions gouvernementales, même très subtiles, sur le marché. Le néolibéralisme reste dans la ligne droite des stratégies économiques catastrophiques qui ont sévi pendant les années 70 et 80. Il est le bâtard du monétarisme et du thatchérisme. Il préconise que le contrôle des importations qui permet de protéger les industries nationales soit supprimé et que l’impôt sur le revenu et sur les sociétés soit allégé pour les laisser respirer afin d’aider la croissance économique, d’attirer des investissements étrangers et de permettre aux pays les plus pauvres de rembourser les dettes écrasantes qu’ils ont vis-à-vis du FMI et de la Banque Mondiale. Cet argument repose sur la théorie du “ trickle down ” (théorie selon laquelle la richesse finit par profiter aux plus démunis) : les bénéfices engrangés par les entreprises vont créer des emplois, ce qui va finalement profiter à tout le monde. Seulement voilà, à qui profite réellement la mondialisation de l’économie ? Aux entreprises et à elles seules.

Flemming Larsen, le directeur du bureau européen du FMI, a admis lors d’un débat sur le néolibéralisme que “ la plupart des pays les plus pauvres ont en fait régressé au cours des trente dernières années. Je crains que l’écart ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres ”. Dans leur clip agit-prop Sleep Now in the Fire, Rage Against The Machine a parodié le jeu Qui veut gagner des millions en faisant apparaître des candidats devant répondre à des questions sur les inégalités avec en arrière-plan des images des événements de Seattle. Les réponses pouvaient paraître absurdes, mais elles étaient vraies. Aux Etats-Unis, bastion du néolibéralisme, les bénéfices de la croissance économique ont été partagés encore plus inégalement qu’auparavant. Depuis la première vague d’attaques du néolibéralisme dans les années 70, 60% des foyers américains n’ont vu aucune augmentation de leur revenu réel. Quarante-cinq millions d’Américains n’ont pas de mutuelle, 12,5% d’entre eux vivent en-dessous du seuil de pauvreté et le salaire minimum équivaut à 22% de celui de 1968. En 1980, les patrons des grands groupes industriels gagnaient 42 fois plus d’argent qu’un de leurs ouvriers moyens. En 1998, ils en gagnaient 419 fois plus. En Irlande, un des soi-disant modèles de réussite du néolibéralisme, le gouffre entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser alors que les politiques ont épousé la cause du “ Tigre Celte ”, invisible à tous sauf aux riches.

L’AGCS exige que la fourniture des services publics ne soit plus assurée par l’état et préconise sa reprise par des groupes transfrontières. La commission de l’union européenne a décrit l’AGCS comme étant “ avant tout un instrument au service du profit ”. Lors d’un débat autour de l’AGCS, David Kearns, le président de Xerox pour les Etats-Unis, a décrit comment “ les entreprises devront complètement revoir leur stratégie qui devra être motivée par la concurrence et la discipline du marché, des notions inconnues des enseignants ”. Les lobbyistes du commerce font valoir l’argument discutable selon lequel “ les écoles fourniront un enseignement de meilleure qualité s’il est adressé à des clients qui paient pour ce service, comme n’importe quelle entreprise ”. Le lobby industriel américain n’a de cesse de critiquer la “ culture de paresse qui persévère dans le système éducatif européen où les étudiants se permettent de suivre des cours qui n’ont aucun rapport direct avec leur secteur d’activité. Ils suivent des cours qui n’ont aucune application pratique ”. Les lobbyistes américains souhaitent un système d’enseignement inextricablement lié au marché et au profit. Les cours doivent répondre aux besoins du commerce et tout ce qui a trait au développement personnel doit être supprimé.

L’éducation représente un marché très lucratif avec un chiffre d’affaires total de 3 milliards de dollars par an. En Irlande, on a assisté à un développement rapide de structures d’enseignement privé et d’usines à bachotage pour les étudiants du secondaire. Ce ne sont là que des ersatz d’un système d’enseignement où le manque de financement pour construire des bâtiments pousse à une rationalisation stricte des lieux déjà existants à travers le système de points. Pour le grand capital, la privatisation de l’éducation est une opportunité très juteuse.

Un des obstacles majeurs à cette privatisation est “ l’existence des monopoles gouvernementaux et des nombreuses subventions des infrastructures nationales ”. Cela signifie que le système d’attribution des bourses de l’enseignement supérieur est discriminatoire, obligeant le gouvernement à ne plus attribuer de subventions au secteur public à moins d’en attribuer également au secteur privé dans les même conditions. Devant le refus narquois du gouvernement d’augmenter véritablement les bourses ces dernières années, pensez-vous vraiment qu’il va l’étendre au privé ? Non, faut pas rêver.

Le secrétariat de l’OMC soutient que les opposants à l’AGCS font preuve d’une paranoïa et d’une appréhension injustifiées. Il déclare que l’Article 1, section 3B et C de l’AGCS protège les services publics. Cependant, la section B stipule que la privatisation des services “ couvre tous les services marchands, quel que soit le secteur, à l'exception des services fournis dans l’exercice du pouvoir gouvernemental ”. Peut-on en déduire que les services publics de base fournis par le gouvernement sont protégés ou seulement ceux au sein desquels il exerce une fonction comme l’armée ou la police ? La section C traite davantage de ces services exemptés : “ Un service fourni dans l’exercice du pouvoir gouvernemental est un service qui ne doit être fourni ni sur une base commerciale ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services ”. La contradiction entre ces deux arguments trahit les motivations qui sous-tendent l’AGCS. Il protège la police et l’armée qui maintiennent le statut quo et préservent les intérêts économiques des multinationales à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, alors qu’il laisse les services publics à la merci de ses prédateurs. En fait, il préconise la privatisation de l’éducation même là où il n’y a qu’une école privée. Partout où la marge de profit d’une entreprise est affectée par un service d’état, les soldats Tempête de l’OMC se mettront en marche pour imposer le nouvel ordre mondial du capitalisme régnant.

L’Irlande est représentée dans les négociations de l’AGCS par la commission de l’union européenne. Une fois que le gouvernement a planifié la privatisation d’une entreprise de services d’état selon des engagements spécifiques, il a trois ans pour la retirer. S’il fait usage de ce droit, il doit payer tout “ ajustement compensatoire nécessaire ” aux autres états membres qui représentent les intérêts de leur lobby industriel qui se trouve déstabilisé par la suppression soudaine d’un marché. Si l’un des états membres pense qu’un autre état ne respecte pas l’AGCS, la plainte est portée devant un corps de règlements des conflits. Un tribunal secret de bureaucrates se réunissant en session fermée s’est souvent prononcé contre les actions menées pour la défense de l’environnement, de la santé et d’autres actions légales ayant pour objet la justice sociale. Le pays auquel il donne raison a le droit d’entériner la décision au travers de sanctions économiques. L’Article IV traitant des régulations intérieures exige qu’elles “ n’entravent pas inutilement le commerce des services ”. Il s’agit d’éradiquer la démocratie et de laisser la place aux tribunaux secrets de l’OMC pour balayer les décisions prises démocratiquement au niveau national et ainsi pour préparer le terrain aux multinationales qui vont se disputer les bénéfices. Cet accord va largement renforcer le pouvoir d’interférence de l’OMC dans l’exercice du pouvoir gouvernemental. Il ne s’agirait plus que de transférer la délicate responsabilité de trouver l’équilibre entre l’intérêt général et les considérations commerciales des représentants des gouvernements élus aux tribunaux désignés ou aux commissions de l’OMC.

L’OMC admet que l’application de l’AGCS va entraîner une “ baisse de la fourniture des services, comme par exemple, le secteur de la santé où “ les cliniques privées sont tout à fait en mesure de débaucher un personnel qualifié des hôpitaux publics sans offrir le même panel de services aux mêmes groupes de population ”. Le comité de surveillance de la consommation Public Services International décrit le phénomène en ces termes : “ l’élite pourra s’offrir des soins fournis par des groupes privés transfrontières. Les autres devront se débrouiller avec ce qui restera du système public ”. Cela va entraîner encore plus d’inégalités sociales.

Les pressions exercées par l’AGCS pour une main-d’œuvre plus mobile pouvant s’adapter au chaos du marché libre entraînent une dégradation des normes et des formations. La privatisation de l’éducation véhicule l’idée que le travail est un coût et non un investissement dans la société. La tendance vers une mobilité croissante qui en découle peut entraîner une désintégration des syndicats, leur pouvoir reposant sur les travailleurs des services publics dont les emplois étaient alors stables, mais ne le sont plus. Ce phénomène accélère la chute des salaires et la baisse du niveau de qualification, les travailleurs préférant un emploi dans un secteur plus lucratif. Cette tendance est déjà palpable dans l’enseignement secondaire qui connaît une fuite de ses meilleurs enseignants vers d’autres professions. Au cours de ces dernières années, le corps enseignant a vu son niveau de salaire passer derrière celui de la majorité des autres professions. Ils gagnent en moyenne 9 000 livres (13 700 euro) de moins que leurs collègues du supérieur. L’année dernière, le bras de fer (qui a mal tourné) engagé par l’ASTI (Association of Secondary Teachers of Ireland) avait pour but de dénoncer les tentatives de mise en condition du secondaire en vue de sa privatisation en l’associant au secteur privé, à l’aide de statistiques, afin de faciliter la future transition et de balayer le syndicat résistant au néolibéralisme. Il s’agit une fois de plus d’un cas qui trahit les motivations latentes de l’AGCS.

Dans No Logo, Naomi Klein enquête sur certaines conséquences des attaques répétées que mènent les groupes industriels pour s’emparer de l’éducation. En 1996, les enseignants et les étudiants de l’université du Wisconsin à Madison ont été censurés malgré eux suite à un accord de sponsoring que l’administration a passé avec Reebok. Une des clauses de l’accord stipulait que “ pendant un laps de temps raisonnable après le trimestre, l’université ne fera circuler aucune déclaration officielle dénigrant Reebok. De plus, l’université est tenue de sanctionner rapidement tout employé, agent ou représentant de l’université dénigrant Reebok ”. En 1998, une section d’Amnesty à l’université de Kent State a vu sa demande de financement annulée après qu’elle a appelé au boycott des produits de Coca Cola pour son soutien à la dictature qui sévissait alors au Nigeria, Coca Cola détenant les droits exclusifs de vente sur le campus. On peut également citer le cas de cet élève expulsé de son lycée de Greenbriar pour avoir porté un tee-shirt Pepsi lors d’une journée dédiée à Coca Cola. Et que peut-on dire de l’invasion des écoles américaines par Channel One : les élèvent doivent regarder deux heures par jour de publicité pour 12 minutes de sujets d’actualité sur les adolescents. En retour, les écoles ne reçoivent pas directement d’argent, mais elles ont le droit d’utiliser le matériel vidéo dans d’autres cours. Un élève qui a refusé d’assister à ce matraquage publicitaire quotidien, a été arrêté pour avoir séché les cours et a été gardé en détention par la police.

Ces situations peuvent paraître extrêmes, mais elles reflètent parfaitement la volonté d’éradication de la pensée libre et indépendante des campus américains. L’Irlande est en train de leur emboîter le pas. Les partenariats public-privé (PPP) constituent le premier pas vers la privatisation de l’éducation. On a été témoin d’entraves aux libertés civiles avec seize arrestations et une démonstration violente de la police à l’encontre de manifestants pacifiques lors d’une manifestation anti-PPP, les forces de police ont chargé sur n’importe quel individu qui exprimait son désaccord. En France, des étudiants ont utilisé la tactique du mélange des cultures en rebaptisant leur université afin de dénoncer les tentatives de main mise des groupes industriels sur l’éducation. Mais à l’UCD (University College of Dublin), il est trop tard pour entreprendre de tels actes de résistance. Nous sommes déjà diplômés de Tony O’Reilly Hall et suivons actuellement les cours à la Smurfit School of Business.

L’AGCS n’est pas un problème abstrait. Il ne peut plus être ignoré par nos syndicats étudiants soit disant parce qu’il ne concerne pas les étudiants de l’UCD. La campagne de concertation menée par l’élite mondiale pour nous déposséder d’un système d’éducation public, de nos bourses, pour transformer nos universités en usines de l’esprit, sans plus aucun rapport avec un développement et une stimulation intellectuelle, où les étudiants sont formés à la chaîne pour devenir des automates obéissants dans les futurs “ moulins sataniques de l’enfer ” est une réalité qui envahit nos vies à tous. Nous ne pouvons plus ignorer la cannibalisation et la marchandisation de tous les aspects de nos vies qui ont pour seule ligne de mire le profit. Un autre monde est possible. Rejoignez la contre-attaque parce trop c’est trop.

Schuijlenburg eustudenten@gmx.net

Première parution, liste électronique d'information internationale sur l'AGCS.

Grain de sable 316 - 22 mars






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